Farouchement attaché à la démocratie et au débat, j’ai eu l’occasion d’échanger avec plusieurs gilets jaunes – ceux qui sont ouverts au dialogue et restent dans le cadre démocratique – depuis la mi-novembre.

Il faut écouter le ressenti et le malaise d’une partie des Français, et dans le même temps profiter de l’occasion pour rétablir les faits.

J’ai martelé une vérité en premier lieu : la hausse du prix des carburants actuelle résulte à 75 % de l’augmentation de la matière première et à 25 % de décisions du Gouvernement. D’ailleurs, la baisse des cours du pétrole devrait prochainement se retrouver aux prix à la pompe.

En France, la taxe sur le sans-plomb de 68,29 c€/L en 2018 est inférieure à celle en vigueur aux Pays-Bas – 77,84 c€/L – et celle sur le diesel de 59,4 c€/L en 2018 est inférieure à celle en vigueur au Royaume-Uni – 65,54 c€/L – pour prendre deux exemples qui nous sont proches.

Par ailleurs, cette baisse de pouvoir d’achat issue de cette fiscalité est largement compensée par les autres mesures que nous avons prises pour les Français : taxe d’habitation, suppression des cotisations maladie et chômage, etc. J’ai eu l’occasion, le mois dernier, de détailler comment ce Gouvernement agit pour le pouvoir d’achat des Français.

Cependant, en expliquant comment nous renforcions le pouvoir d’achat des Français, je n’ai pas précisé comment nous orientions ce pouvoir d’achat : il ne s’agit pas de consommer toujours plus des produits qui détruisent notre environnement, notre santé, nos emplois. Renforcer le pouvoir d’achat des Français est une chose ; orienter la consommation des citoyens afin qu’elle profite à notre économie et notre planète en est une autre. C’est le sens de la fiscalité écologique.

La pollution de l’air cause encore plus de 500 000 morts par an en Europe. Face à cette situation, il faudrait faire comme si de rien n’était ? Cela serait irresponsable ! Le Gouvernement est engagé dans une transition de notre économie qu’aucun autre Gouvernement n’a eu le courage de faire auparavant. Comme toute révolution industrielle, celle-ci ne se fait pas sans heurts. Mais l’avenir de notre pays n’est pas dans les moteurs thermiques. Il est dans l’électrique, l’hydrogène, l’hybride. Entrer dans un cercle vertueux implique de changer les mentalités et les modes de consommation. C’est le sens de la prime à la conversion, qui permet de se doter d’un véhicule peu polluant à moindre coût, en remplaçant son véhicule le plus ancien.

En discutant avec des gilets jaunes, j’ai bien sûr saisi que, pour eux, le prix de l’essence était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. Je comprends l’impatience : nous vivons dans un grand pays, une des économies les plus fortes sur la planète. Et pourtant, nombre de Français ont encore du mal à joindre les deux bouts, les fins de mois sont difficiles. Là encore, il faut se garder des promesses illusoires : la France a trop longtemps vécu au-dessus de ses moyens. Le Gouvernement actuel n’est pas responsable des 2 000 milliards d’euros de dette. Au contraire, celui-ci rend courageusement à la France sa souveraineté en réduisant sa dette et ses déficits.

Pour qu’à l’échelle du terrain les Français vivent mieux, il faut renforcer la compétitivité de la France, en déclin depuis des décennies. Là est le chemin.

Bien sûr, la vie reste difficile pour bon nombre de nos compatriotes. Pour eux, la solidarité nationale doit répondre présent. Mais tous, nous devons en être conscients : où, ailleurs qu’en France, souhaiterions-nous vivre ? Aux Etats-Unis, où une consultation chez le médecin généraliste coûte 100 euros, et 200 euros le spécialiste, 14 000 euros l’accouchement ? Dans un pays d’Amérique du sud ? Au choix, le Venezuela où l’inflation atteint 1 000 000 % en 2018… ou le Mexique, avec 25 000 homicides par an ? Dans un pays d’Afrique, où souvent le seul espoir est de fuir les guerres et la misère en rejoignant l’Europe ? Dans un pays d’Europe de l’Est, où la démocratie s’éloigne progressivement, qu’il s’agisse de la Pologne, la Hongrie, la Roumanie… ? En Russie, où la démocratie n’est même plus un souvenir ? En Chine, où les tanks et l’armée écraseraient ces mêmes gilets jaunes ?

L’Europe de l’Ouest, et la France, avec toutes les difficultés réelles que nous traversons, restent des paradis sur terre. Nous ne le répétons pas suffisamment. Préserver notre modèle social, notre qualité de vie, nos écoles, nos hôpitaux, notre sécurité implique de faire des efforts, des sacrifices. Le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?