Comme vous le savez peut-être, je suis un ancien cheminot, et je reste particulièrement attaché à l’entreprise SNCF, ce qu’elle est, ce qu’elle représente. C’est pour cette raison que je suis persuadé que sa réforme est indispensable si l’on veut que la SNCF se développe et remplisse ses missions dans l’intérêt non seulement de ses usagers, mais également de l’ensemble des citoyens.

D’abord, il convient de tordre le cou aux contrevérités qui circulent : non, aucune privatisation n’est prévue.

Ce qui est vrai, c’est que la SNCF va passer du statut d’établissement public à celui de société anonyme à capitaux publics. Pourquoi ce changement ? Tout simplement pour des raisons de justice : en droit, un établissement public bénéficie de la garantie de l’État, c’est-à-dire qu’il ne peut pas faire faillite. Il bénéficie donc de prêts à des taux avantageux. Avec ce changement de statut, la SNCF bénéficiera du même traitement que d’autres entreprises. Et je tiens à le dire clairement : on ne peut pas se féliciter le lundi que la Commission européenne sanctionne l’évasion fiscale d’Apple grâce à son arsenal juridique en matière de droit de la concurrence, et refuser le mardi une application équivalente dans le secteur ferroviaire. C’est une question de justice et d’équité.

Ce qui est vrai, c’est que ce texte prépare l’ouverture à la concurrence, ouverture que la gauche et la droite françaises ont approuvé au Parlement européen, à juste titre. Pourquoi la concurrence ? Parce que, avec le temps et une situation de monopole, la SNCF avait tendance à facturer sans limite ses prestations. Ancien vice-président de la région Languedoc-Roussillon en charge des transports, je peux vous dire que tous mes homologues, dans toutes les régions de France, attendaient cette possibilité afin de mettre la pression sur la SNCF. Car il faut le marteler, les régions payent pour les TER, souvent trop cher. Cet argent, c’est le vôtre, celui des citoyens.

Par ailleurs, je tiens à insister : le statut des cheminots n’est pas remis en question pour ceux qui en bénéficient, même s’ils partent travailler pour un nouvel opérateur. Ce qui est vrai, c’est qu’il va l’être pour les nouveaux entrants. Pourquoi ?

Tout simplement parce que, avec l’ouverture à la concurrence, c’est une convention collective qui va s’appliquer, comme pour l’ensemble des salariés français, convention collective qui reste à écrire, et qui reprendra forcément des dispositions du statut actuel des cheminots.

Enfin, le point le plus important, celui qui concerne notre avenir, c’est celui de l’investissement : l’État prévoit plus de 36 milliards d’euros d’investissements consacrés au service public ferroviaire sur 10 ans ; cela représente 10 millions par jour pendant 10 ans. Ce qui menace le service public, c’est de ne rien faire, de laisser croire que la SNCF fonctionne parfaitement. Ce qui menace les cheminots, c’est le statu quo.

Le plus amusant dans le bal des hypocrites auquel nous assistons, c’est que tous les élus, de gauche comme de droite, ont voté le quatrième paquet ferroviaire au Parlement européen. Paquet qui permet d’ailleurs une concurrence intelligente : si vous souhaitez maintenir une ligne peu rentable, vous pouvez la lier avec une ligne rentable afin de la maintenir et répondre ainsi à des objectifs d’aménagement du territoire. La concurrence n’empêche pas les obligations de service public, bien au contraire ! Elle permet de le faire à un coût acceptable pour les citoyens. C’est pour cette raison que j’avais moi-même voté le troisième paquet ferroviaire lorsque j’étais député européen.

Un mot d’ailleurs sur les petites lignes ferroviaires : parmi les 200 lignes classées dans cette catégorie, un quart compte plus de 50 voyageurs par train. La moyenne est inférieure à 30 voyageurs par train. Le coût de ces lignes est de 1,7 milliard d’euros par an pour 2 % des voyageurs. Quel responsable politique peut sérieusement consacrer autant de ressources ? Si nous avions une poule aux œufs d’or, pourquoi pas… mais les citoyens français sont déjà lourdement taxés ! Notre responsabilité, c’est d’allouer nos ressources budgétaires – par définition limitées- là où elles sont le plus utiles. Même si ces lignes avec 20 voyageurs nous font rêver, nous n’en avons tout simplement pas les moyens. Surtout lorsque les moyens de transport vraiment et massivement utilisés par les Français craquent de tous les côtés…

Le plus étonnant dans ce débat, c’est la mauvaise foi de ceux qui critiquent cette réforme : ils sont bien souvent ceux qui n’ont rien fait ces 30 dernières années pour investir et entretenir le réseau, et qui ont distribué du TGV en fonction des connivences… et non pas de l’intérêt du pays, et de l’Europe !