2018 est une année charnière, quatre grands défis se posent à elle : la mondialisation, le dérèglement climatique, la sécurité et, enfin, la question migratoire.

Premier défi, la mondialisation. Elle traverse une crise majeure. La France a été bouleversée par la mondialisation, avec des gagnants et des perdants. La mondialisation fait peur, en France comme ailleurs, parce qu’il n’y a pas eu les résultats espérés : chômage, déficit, et manque de croissance sont là. L’Hérault est historiquement une terre d’ouverture commerciale et d’accueil de l’autre, avec notamment le tourisme. Nous savons que l’ouverture est gage de prospérité. Mais cette prospérité doit être partagée avec ceux qui, temporairement, sont les perdants de la mondialisation. C’est un défi pour la France, et pour l’Europe : il faut rendre la France plus compétitive afin de pouvoir financer un système juste de solidarité. Cela ne sera pas facile, il y aura des frictions, mais c’est indispensable. Ceux qui parlent d’un retour aux frontières nationales se trompent lourdement. On ne peut pas revenir au monde d’avant, ce qui ne signifie pas qu’il faut en rester au statu quo !

En France, le défi passe d’abord par l’éducation, la formation : la richesse aujourd’hui ne vient pas du matériel, des usines. La richesse, c’est le savoir, le capital humain ! Réformer le système éducatif, c’est une action pour les 40 prochaines années, car les métiers qu’occuperont nos petits-enfants n’existent pas encore aujourd’hui.

La recherche et le développement doivent être poussés par des mécanismes d’incitation fiscale et de l’argent frais. Je ne vais pas vous mentir, vous connaissez l’état de nos finances publiques après des décennies de gabegies budgétaires. Un tel investissement ne peut se faire qu’en revoyant de fond en comble le budget de notre pays, en faisant des arbitrages, forcément douloureux. Nous ne sommes plus dans les Trente Glorieuses, nous n’avons plus d’empire colonial, et la France n’a cessé de perdre son rang à l’échelle internationale, voilà la triste réalité. Investir dans l’avenir tout en s’interdisant des dérapages budgétaires demande à s’interdire le “demain, on rase gratis !”.

Deuxième défi, le dérèglement climatique.

Dans l’Hérault, les épisodes cévenols sont de plus en plus fréquents. Vous êtes en première ligne lorsqu’arrivent l’addition et les conséquences parfois dramatiques. Ce problème local trouve ses racines dans des politiques globales, qui ne peuvent se négocier qu’à l’échelle européenne et internationale. Environnement et productivité ne s’opposent pas, au contraire ! Plus haut, j’ai mentionné que la richesse d’aujourd’hui était le capital humain : que cherche actuellement un citoyen avant de s’établir dans un territoire ? Une bonne qualité de vie, qui passe par un environnement préservé, une nourriture saine et de qualité accessible, des bonnes écoles. Notre territoire a un potentiel immense en terme d’attractivité ! Lutter contre le changement climatique, c’était la grande victoire de l’Accord de Paris, que nous devons mettre en œuvre. Bien sûr, là aussi, ce choix de long terme a des conséquences indirectes négatives. Un exemple, la réduction des émissions de CO2 : supprimer les moteurs thermiques de nos voitures et les remplacer progressivement par des moteurs électriques détruira de nombreux emplois, car un moteur électrique nécessite moins de main d’œuvre. Mais nous devons nous efforcer d’anticiper ces changements !

Troisième défi, la sécurité et la défense.

On le voit, la fin de la guerre froide n’a pas assuré la paix dans le monde. Les actes terroristes qui ont frappé la France et l’Europe sont venus douloureusement nous rappeler cette vérité. La France, par son histoire et son industrie, reste une puissance militaire incontournable. Mais entretenir cette puissance a un coût, que nous ne pouvons plus assumer seuls. Voilà pourquoi nous devons européaniser notre défense, la mutualiser à l’échelle européenne : il n’est pas normal que la France intervienne seule au Mali et ailleurs, car elle agit ici pour tous les Européens et pour le Sahel. C’est un discours que nous sommes plusieurs à tenir depuis des années déjà, et qui commence à porter ses fruits à l’échelle européenne.

Quatrième défi, les migrations.

La sécurité, le climat, la mondialisation : ce sont là les trois explications des migrations. Agir pour la sécurité dans le monde, c’est agir sur les causes des migrations non choisies, car ce n’est jamais un choix de fuir son pays, sa terre, sa famille.

Réguler la mondialisation, c’est lutter contre les effets négatifs de cette dernière en permettant à ceux, qui veulent vivre au pays, de réussir avec les mêmes opportunités que s’ils venaient en Europe. Protéger le climat et l’environnement, c’est empêcher une nouvelle vague migratoire liée au dérèglement climatique, qui déstabiliserait en profondeur le monde dans lequel nous vivons. Bien sûr, il y a l’urgence, en attendant que les politiques menées portent leurs fruits. Face à cette urgence, nous devons concilier humanité et fermeté. L’humanité, c’est défendre le droit d’asile. C’est ce que nous faisons. La fermeté, c’est refuser que ceux, qui n’ont pas une bonne raison de fuir, fassent ce qu’ils veulent. Aujourd’hui, les migrants qui refusent d’être aidés sont ceux qui savent pertinemment que rien ne leur permet d’obtenir l’asile en France et en Europe, ils savent que leur situation ne peut donner lieu à aucune justification. Il faut se méfier des commentateurs de salon qui insultent notre police. Cette dernière, courageusement, fait face à une situation difficile, à Calais et ailleurs. Ouvrir les portes et les fenêtres, sans maîtriser la situation, sans contrôler, c’est foncer directement dans le mur du rejet et de la haine, c’est fragiliser l’humanité et l’ouverture.

Face à ces quatre défis, qui sont liés, les réponses passent par l’Europe : restaurer la parole de la France en Europe, nous placer en position de convaincre nos partenaires était donc prioritaire. C’est ce que nous faisons !