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Langues régionales: intervention en séance publique

27 octobre 2015 Pas de commentaires

Intervention, en séance publique, à l’occasion de l’examen du projet de loi constitutionnelle autorisant la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires

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Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Mes chers collègues,

Dès mon élection au Sénat en 2008, je me suis mobilisé en faveur de la ratification de la Charte européenne des langues régionales en particulier, et pour défendre les langues régionales d’une façon générale.

Le 30 juin 2011, un débat s’est enfin tenu au Sénat sur le sujet, autour d’une proposition de loi ambitieuse. C’était un débat historique, le premier depuis 1951. Je me félicite que le groupe « Les Républicains » ait déposé une proposition de loi afin de promouvoir les langues régionales, et qui reprend une partie de mes propositions de l’époque.

J’ai aussi déposé, le 24 février 2012, une proposition de loi constitutionnelle qui poursuivait le même objectif que celle que nous examinons aujourd’hui.

Bien sûr, je ne suis pas dupe : pourquoi n’avoir pas soutenu, à l’époque, ma proposition de loi constitutionnelle ? J’appartenais alors au groupe majoritaire, et ma proposition de loi visait à mettre en œuvre un des engagements de campagne de M. Hollande en 2012. Pourquoi attendre fin 2015 pour présenter un texte, bancal d’un point de vue juridique qui plus est ?

Il n’aura échappé à personne que les élections régionales approchent… Je le dis sans animosité, un tel opportunisme sur un sujet important pour nombre de nos concitoyens est particulièrement minable.

Néanmoins, je ne bouderai pas mon plaisir, et soutiendrai ce texte, comme celui des Républicains lorsqu’il sera examiné, car c’est l’occasion que j’attends depuis trop longtemps, avec nombre de nos concitoyens.

Notre responsabilité est de faire entrer pleinement les langues régionales au cœur de la République. Vous le savez, je suis du Languedoc-Roussillon. Certains ici sont de Provence, d’Alsace, de Picardie, de Bretagne, d’Auvergne, de Corse, du Pays basque, de Guyane.

En observant cette diversité, je regarde l’histoire de France. Je songe aux soldats de l’an II, à ceux de Victor Hugo. Quelle langue parlaient-ils entre eux ? Je songe aux Marseillais entonnant un chant qui est aujourd’hui notre hymne national.

Mes chers collègues, comment aujourd’hui ne pouvons-nous pas songer aux tranchées de 14-18, à tous ces soldats qui se retrouvaient après l’assaut meurtrier du soir autour d’une soupe claire, autour d’un patois ?

Pouvons-nous aujourd’hui dire, en cette enceinte, que nos aînés aimaient si peu la République qu’ils s’exprimaient dans leur langue maternelle ?

Les langues régionales sont le corps de notre nation, elles ne sont ni de droite ni de gauche. Nous devons les défendre, leur donner vie dans notre République une et indivisible mais riche, tellement riche de sa diversité.

Oui, la France est grande parce qu’elle a su, au-delà des langues, unifier un peuple autour de valeurs communes. Je suis ici devant vous pour vous demander de dépasser les clivages politiques traditionnels, pour vous dire que les langues régionales ne sont pas les adversaires de notre République et de sa langue, le français.

Nous avons une obligation : celle d’être les passeurs d’un savoir, d’un patrimoine.

Nos langues et cultures régionales sont notre patrimoine commun et une partie du patrimoine de l’humanité. Il est de notre devoir d’assurer l’épanouissement de ces langues sur notre territoire.

La République a un rôle à jouer : gardienne des valeurs et des principes fondamentaux, elle doit être attentive aux demandes, aux attentes, à la vie de ces langues et cultures qui existent sur son territoire, en métropole comme outre-mer.

Notre pays protège bien ses monuments historiques ainsi que ses œuvres artistiques. Pourquoi ne pas porter la même attention à notre patrimoine linguistique ainsi qu’à notre diversité culturelle ?

Cette Charte, je tiens à le rappeler, ne vise pas à affaiblir la langue française : celle-ci reste la langue et le ciment de la République.

Mes chers collègues, il faut rejeter la question préalable proposée par la commission des lois, examiner ce texte, avancer enfin : les tergiversations n’ont que trop duré.

Mais je souhaite l’affirmer dès maintenant : si la proposition du Gouvernement n’est pas la bonne d’un point de vue juridique, trouvons une autre formulation ; je rappelle ici aux membres de la commission des lois que l’élu de la République a un droit formidable, celui d’amender. La question préalable est, au choix, un signe de lâcheté ou de fainéantise. Je réitère ici ma proposition de loi constitutionnelle qui visait à modifier l’article 2 de la Constitution en complétant le premier alinéa par les mots : « dans le respect des langues et cultures régionales qui appartiennent au patrimoine de la France, conformément à l’article 75-1 de la Constitution. »

Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Mes chers collègues,

Je vous remercie.

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